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Histoire

Abbaye Saint Pierre de Solesmes

Fondation de l'abbaye Saint-Pierre de Solesmes
1010



Le monastère de Solesmes, sur les bords de la Sarthe, à la frontière du Maine et de l’Anjou, fut fondé au tout début du XIe siècle par Geoffroy le Vieil, seigneur de Sablé. Ce dernier fit don aux moines de l’abbaye de La Couture, au Mans, du vicus de Solesmes, avec tout ce qui en dépendait, et de divers autres domaines, qu’il avait acquis dans le but de faire une fondation pieuse. La charte de cette donation fut rédigée à l’occasion de la dédicace de la nouvelle église du monastère, qui eut lieu, sans doute un 12 octobre, entre 1006 et 1015. La date de 1010 retenue pour la fondation, l’a été par simple conjecture. La Couture envoya à Solesmes les premiers moines, qui vivaient selon la règle de saint Benoît. La fondation de Geoffroy de Sablé sera jusqu’à la Révolution un prieuré dépendant de l’abbaye mancelle, mais son seul prieuré conventuel et son établissement le plus important.

Les deux premiers siècles de l’histoire du monastère furent prospères. Le gros œuvre de l’église abbatiale remonte au XIe siècle. Du XIIe siècle date probablement l’arrivée à Solesmes d’une relique de la couronne du Christ, la Sainte Épine, conservée encore de nos jours dans le trésor des reliques de l’abbaye.

Après les affres de la guerre de Cent ans, au cours de laquelle le monastère sera par deux fois pillé et incendié, en 1370 et 1425, Solesmes connut une période de renouveau dont témoignent les deux grands ensembles sculptés de l’église, chefs-d’œuvre de l’art français des XVe et XVIe siècles, mais aussi véritable théologie par l’image : les « Saints de Solesmes », qui firent longtemps la célébrité du prieuré.

Les deux derniers siècles de l’Ancien Régime virent l’incorporation du monastère à la congrégation de Saint-Maur, à laquelle Solesmes s’agrégea en 1664. Le prieuré fut reconstruit vers 1720 ; bâtiments de style classique, dans le prolongement desquels devait être édifiée, à la fin du XIXe siècle, l’abbaye nouvelle dont la façade bien connue surplombe la Sarthe en une sorte de burg moyenâgeux, évoquant à la fois le château des Papes d’Avignon et le Mont-Saint-Michel.

Mais avant tout, le nom de Solesmes est intimement lié à un homme auquel il doit sa notoriété actuelle, dom Prosper Guéranger qui, en 1833, s’y installa avec quelques compagnons, rétablissant ainsi en France le vieil ordre de Saint-Benoît, celui de Cluny et des congrégations de Saint-Vanne et de Saint-Maur, anéanti à la Révolution.

L’âme de dom Guéranger a comme pétri Solesmes, riche déjà de huit siècles de présence monastique. Mais si l’abbaye ne serait pas devenue ce qu’elle est sans son restaurateur, le grand abbé n’aurait pas été aussi ce qu’il fut sans Solesmes, sans l’amour qu’il portait à ce lieu. L’« amour d’un lieu », si caractéristique lui aussi de l’expérience monastique. Dans le but de manifester la continuité, au-delà de la rupture de la Révolution, de la communauté monastique rétablie à Solesmes en 1833 avec les générations de moines qui s’étaient succédé depuis le début du XIe siècle, dom Guéranger écrivit l’histoire du monastère. La célébration du millénaire de leur abbaye est aussi pour les moines de Solesmes une œuvre de mémoire et de reconnaissance pour l’héritage que leur ont légué leurs pères.

Né en 1805 dans la petite ville toute proche de Sablé, Prosper Guéranger, enfant, aimait à visiter l’ancien prieuré de Solesmes, déserté de ses habitants. Les « Saints de Solesmes » l’impressionnaient tout particulièrement. La chapelle Notre-Dame-la-Belle, commanditée dans le second quart du XVIe siècle par le prieur dom Jean Bougler, le moine le plus célèbre du vieux Solesmes, évoque le privilège de l’Immaculée Conception de la Vierge. Dom Guéranger œuvrera plus tard en faveur de la proclamation du dogme marial en 1854.

L’annonce de la mise en vente du prieuré de Solesmes, en 1831, est le détonateur qui va conduire l’abbé Guéranger, jeune prêtre du diocèse du Mans, à y rétablir l’ordre de Saint-Benoît, avec l’office divin et les études ecclésiastiques, sauvant de justesse le monastère d’une destruction certaine et entière. Le 11 juillet 1833, en la fête de saint Benoît, dom Guéranger et ses premiers compagnons prenaient possession des lieux. Chaque année, pour les premières vêpres de la fête, la communauté des moines part en procession de l’église paroissiale avec les reliques de saint Benoît et entre dans l’église abbatiale par la nef au chant du Psaume 125 : In convertendo Dominus captivitatem Sion. Elle fait ainsi mémoire de ce nouvel événement fondateur.

Quelques années plus tard, en 1837, le monastère est élevé au rang d’abbaye et de chef de congrégation. Dom Guéranger pourra, en 1853, repeupler Ligugé, le plus ancien monastère des Gaules, fondé par saint Martin au IVe siècle. Une nouvelle congrégation bénédictine était née. À Solesmes même, dom Guéranger érigera, en 1867, un monastère de femmes, avec l’aide d’une grande moniale, Mère Cécile Bruyère (18451909), la future abbesse de l’abbaye Sainte-Cécile.

La Congrégation de Solesmes est aujourd’hui présente sur trois continents et compte vingt-quatre monastères de moines et huit monastères de moniales.

Solesmes est un nom qui chante ; qui chante les mélodies grégoriennes de l’antique liturgie romaine, à la restitution desquelles la figure de dom Guéranger reste aussi attachée ; qui chante aussi les privilèges de la mère de Dieu, l’amour de l’Église et la fidélité au successeur de Pierre ; « Contemplez le Dieu Verbe, la Pierre divinement taillée dans l’or. Établi sur elle, je suis inébranlable » comme le dit cette inscription que dom Guéranger fit graver en grec, en latin et en français sur le socle de la statue du prince des apôtres placée dans la nef de l’église des moines.

Le projet monastique de dom Guéranger, mis en œuvre à Solesmes, découle directement de son sens profond du mystère de l’Église qui relève chez lui d’un véritable charisme. Ainsi joua-t-il un rôle essentiel dans le renouveau du catholicisme en France au XIXe siècle. À ses yeux, le moine est invité à vivre de façon prégnante de la vie même de l’Église, par la célébration de sa prière liturgique et l’étude assidue de sa grande tradition. L’œuvre de dom Guéranger est bien plus qu’une simple restauration. Il souhaitait avant tout redonner à l’Église cette vie monastique qui lui était apparue comme une de ses composantes essentielles, et comme l’expression en son sein de l’appel universel à la sainteté, de la vie chrétienne menée avec le souci de la perfection évangélique, d’une vie tout entière menée à la suite du Christ, consacrée exclusivement à la recherche de Dieu, au quaerere Deum, dont saint Benoît fait le tout de sa règle. Les disciples et successeurs de dom Guéranger, comme dom Paul Delatte (1848-1937) notamment, ont toujours eu à cœur de transmettre son héritage, faisant avant tout de Solesmes une maison de doctrine, de prière et de sainteté.

Depuis sa mort en 1875, dom Guéranger repose dans la crypte de l’église abbatiale. Son tombeau est creusé dans le rocher de marbre sur lequel est solidement établi le monastère depuis maintenant mille ans.



Dom Philippe Dupont,
abbé de Saint-Pierre de Solesmes
et abbé-président de la Congrégation de Solesmes



 
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